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Qu'est-ce que l'informatique ?
Le petit livre de Franck VARENNE intitulé Qu'est-ce que l'informatique ? (Vrin, 2009) est un petit bijou de rigueur philosophique comme je les aime. Il procède avec beaucoup de talent à une formidable « réduction eidétique » (Husserl) dans le but de définir l'informatique de manière fondamentale. Comme il me semble essentiel d'évoluer à l'ère du numérique en sachant avec précision de quoi on parle, je vous propose une petite synthèse de ma lecture de ce passionnant ouvrage.
Pour comprendre la nature de l'informatique, il faut d'abord saisir la nature de son objet le plus répandu. Vous ne serez donc pas étonné que Franck Varenne commence par définir ce qu'est cette machine étonnante que nous avons choisi en France d'appeler « ordinateur ». Qu'est-ce qu'un ordinateur ? C'est un « automate de calcul numérique », nous dit F. Varenne. En anglais, on dit computer, du verbe to compute, « calculer » (l'informatique se dit computer science). Un ordinateur est donc une machine. Une machine qui manipule des nombres et tout type d'information pouvant être codée et échangée à l'aide de nombres, c'est-à-dire de manière numérique (terme issu du latin numerus, qui signifie « relatif au nombre »).
Ainsi, l'informatique serait la science et la technique du calcul de l'information par un ordinateur, une machine qui manipule des données (data) en fonction d'un jeu d'instructions (programmes). Bien qu'elles soient liées, il ne faut pas confondre l'électronique et l'informatique. L'électronique est une science et une technique du traitement du signal, tandis que l'informatique est une science et une technique du traitement de l'information. Dans l'informatique, le signal électronique devient numérique et est alors traité selon sa structure et non plus sa matière. C'est pourquoi un processus computationnel (ou processus de calcul numérique ou processus informatique) est un processus qui se distingue d'un processus chimique ou électrique « en ce qu'il est étudié par des voies qui ignorent sa nature physique », souligne F. Varenne. En effet, « l'information prend la forme d'un signal discret et structuré selon une série d'impulsions électriques codées, par exemple, par des 0 et des 1 » (p. 11). On perçoit déjà là la dimension immatérielle, au sens physique du terme (!), de l'informatique. Ce qu'on appelle l'information (qui fonde le terme même d'informatique) est donc un signal électrique codé de manière numérique (par des nombres tels que des 0 et des 1).
Toutefois, si les Technologies de l'Information et de la Communication (TIC) sont aussi des technologies du traitement de l'information, elles ne sont pas nécessairement des technologies informatiques. L'informatique est une notion qui ne peut pas être dissociée de celle d'ordinateur alors que, d'un point de vue purement technique, les TIC peuvent se passer d'ordinateur et produire du numérique sans informatique, par exemple la transmission d'images numériques via des capteurs, convertisseurs de signaux et dispositifs de visualisation (p. 11). Évidemment, notre expérience montre que la plupart du temps, les TIC utilisent des technologies informatiques. Ce qu'il faut retenir, c'est simplement qu'une technologie de l'information et de la communication n'est pas nécessairement informatique et qu'il peut y avoir du traitement de l'information sans informatique et même du numérique sans informatique.
Dès lors, ce qui fait le propre de l'informatique, c'est le traitement automatique de l'information. C'est pourquoi on peut définir l'informatique comme « une science ou une technologie du traitement automatique de l'information » (p. 12) qui est, certes, généralement associée aux ordinateurs mais n'a pas à l'être nécessairement, d'un point de vue théorique. L'informatique n'est pas plus la science des ordinateurs que l'astronomie n'est la science des téléscopes. Par conséquent, la manière la plus exacte de définir l'informatique est de dire qu'elle est « la science du traitement automatique purement formel et abstrait de l'information » tel qu'il peut être accompli par un ordinateur aussi bien qu'autrement que par un ordinateur. S'il se trouve que c'est principalement par un ordinateur que cela est possible aujourd'hui, c'est parce que nous n'avons rien inventé d'autre qui en soit capable. Par conséquent, il faut dire que l'informatique est la science du traitement automatique de l'information tel qu'il est réalisable par un type de machine matériellement réalisée qu'on appelle ordinateur. La définition la plus juste devient alors : « la science du traitement automatique de l'information effectué par machine » (p. 13), cette machine étant la plupart du temps un ordinateur dans le monde actuel. On retiendra donc que l'informatique n'impose pas une réalisation matérielle et qu'un ordinateur est autant une machine formelle ou abstraite qu'une machine matérielle ou concrète. Les notions centrales dans l'informatique sont celles de calcul, d'algorithme et de procédé mécanique.
Les éléments et propriétés nécessaires dans une technologie pour qu'on puisse à l'heure actuelle la qualifier d'informatique sont donc les suivants (p. 15) :
- le paradigme de la computation ou calcul mécanique pas à pas [point de vue de la logique mathématique]
- te traitement automatique [et donc programmable] de l'information par machine [point de vue de la technologie informatique comme programmation]
- la machine matériellement réalisée qu'est l'ordinateur et la technologie conjointe historiquement mise en œuvre qu'est l'électronique (science de traitement du signal) [point de vue d'histoire des techniques]
Au plan théorique, il peut y avoir de l'informatique sans ordinateur, mais du point de vue pratique il n'y a pas d'ordinateur sans informatique. L'informatique réalise le passage des automates de calcul abstraits aux automates de calculs concrets ; elle fait advenir des calculateurs concrets non plus analogiques mais numériques. D'où l'idée que les ordinateurs sont des « automates de calcul numériques » (p. 16). Pour bien comprendre, il suffit de distinguer le calcul numérique du calcul analogique : dans les calculateurs analogiques, « les nombres sont représentés par des quantités physiques (intensité, tension électrique, angles de rotation sur un axe, etc.) » (p. 81). « Le principe des calculateurs numériques est que les nombres y sont représentés par des ensembles de chiffres » : cela revient à simuler la pratique du calcul mécanique laquelle se trouve exprimée par la notation binaire.
D'où la définition suivante de l'informatique, donnée au début de l'ouvrage (p. 18) :
une technologie de traitement automatique de l'information par machines à procédé de calcul mécanique et recourant à des programmes enregistrés.
Bref, l'informatique est une :
technologie automatique et programmable de traitement de l'information. (p. 67).
Reste à mieux définir la nature de l'information, mais cela c'est un problème de logique pure qui devient vraiment difficile. Franck Varenne nous explique qu'il y a, en la matière, 2 écoles :
- celle qui conçoit l'information comme syntaxe (Searles) : ce ne serait qu'une séquence de symboles dans sa dimension formelle dont le sens est seulement dans l'esprit humain qui la reçoit (caractère purement syntaxique de toute programme informatique). Dans ce cas, « Les processus computationnels dépendent d'une interprétation extérieure à l'ordinateur » (p. 21). Computation signifie alors calcul au sens de « manipulation syntaxique de symboles » et le sens est quelque chose de « strictement humain » (p. 22) (voir le test de Turing).
- celle qui conçoit l'information comme contenu sémantique (Floridi) : l'information est définie ici comme composée de « data » qui ne sont pas des signes mais un manque d'uniformité entre deux signes ; « rien n'est un datum en soi » (p. 22-23).
À partir de là, je commence à ne plus comprendre grand chose. Si vous voulez aller encore plus loin, adressez-vous à un ingénieur de haut niveau. :)
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