Michel Onfray, pitoyable, inutile et dangereux
Je n'ai pas lu le dernier livre de Michel Onfray et je ne le lirai pas (1). Je souffre à la seule idée qu'un homme puisse toucher des droits d'auteur sous le nom de « philosophe » en barbouillant de la sorte, et qu'un éditeur comme Grasset n'ait pas plus le sens de la responsabilité intellectuelle en mettant sur le marché un tel livre.
Lorsque l'on a passé un certain temps de sa vie, comme moi, à étudier, à pratiquer et à tenter d'apprendre la difficile méthode d'interprétation de la vie psychique qu'est la psychanalyse ; lorsque l'on a eu la chance, comme moi, d'y être parvenu et de faire partie de ceux dont la psychanalyse a transformé les possibilités d'existence en profondeur en lui ouvrant de nouvelles voies de jouissance et de subjectivation, on ne peut accueillir la sortie d'un tel livre qu'avec beaucoup de dégoût et de mépris.
Je n'ai pas besoin de lire les 624 pages de Michel Onfray. Je n'ai pas besoin d'argumenter sur des idées et de contre-argumenter sur des arguments. Michel Onfray traite la psychanalyse comme une fable, c'est-à-dire comme une littérature. Alors il lui répond sous la forme d'une littérature, c'est-à-dire d'une autre fable, dont la longueur (624 pages) n'a de sens que la recherche d'une crédibilité qu'elle n'a pas en tant que science et qu'elle ne saurait avoir.
Et pour cause : Michel Onfray n'a rien d'un chercheur. C'est un ancien professeur de philosophie pour classes terminales. Il a l'habitude de traiter les penseurs comme des auteurs de livres. Il croit que Freud est un auteur d'œuvres complètes parmi d'autres, et le traite donc comme tel. Il ignore malheureusement que, si Freud a beaucoup écrit, il a passé encore plus de temps à pratiquer la clinique, c'est-à-dire à écouter et soigner des patients dans son cabinet, autant qu'à s'écouter et se soigner lui-même comme l'exige la méthode analytique. Avant d'être un corpus de textes théoriques comme le platonisme, le cartésianisme ou le kantisme, la psychanalyse est d'abord et avant tout une pratique. Elle n'est en rien comparable à un courant philosophique. Si Michel Onfray la traite comme un courant philosophique, c'est-à-dire comme une simple littérature, c'est parce qu'il ne peut se référer qu'à sa formation de professeur de philosophie et n'a aucune connaissance de terrain de la psychanalyse. Il n'a aucune formation clinique, aucun diplôme de médecin ou de psychothérapeute, aucune formation psychanalytique ou psychiatrique, aucune expérience professionnelle dans une institution de soin psychique et aucune pratique de la psychothérapie. Il n'a jamais eu de patients, n'en a jamais écouté et n'a jamais été formé à en écouter. On peut même douter qu'il ait eu la chance, comme moi, de bénéficier d'une psychanalyse personnelle efficace. Bref, il n'a aucune légitimité scientifique pour s'exprimer sur la scientificité de la psychanalyse. Il n'est qu'un écrivain, qui arrange ses idées comme il l'entend, et non un chercheur, qui soumet ses idées à l'épreuve du réel. Aucun hôpital ni aucun centre de recherches ne pourrait lui faire confiance sur le plan scientifique.
Malgré cela, Michel Onfray et les éditions Grasset n'ont ni peur ni honte d'offrir au public un livre dans lequel son auteur défend avec le plus grand sérieux du monde que la psychanalyse n'a rien d'une science et qu'elle est au contraire une « affabulation », c'est-à-dire une sorte de récit truffé de trucages et de mensonges, une fable. Quelle expertise nous offre-t-on pour nous en convaincre ? Celle d'une autre fable, de 624 pages, qui ne s'appuie que sur l'œuvre écrite du premier psychanalyste pour juger de la psychanalyse tout entière ! Rendez-vous compte : c'est un peu comme si on jugeait de la scientificité de la physique sur la seule base des idées d'Aristote qui soutenait que « la nature a horreur du vide » ! Est-ce que pour autant quelqu'un conteste à Aristote d'avoir été un physicien de génie ou un homme de science ? Toutes les sciences commencent par des erreurs et passent par des zones d'ombre.
Quand on pense que Michel Onfray s'enorgueillit depuis quelques années de donner des leçons de « contre-histoire » de la philosophie, on ne peut qu'être choqué de constater à quel point il ignore tout de l'histoire la plus élémentaire de la psychanalyse et semble croire, en bon philosophe pour classes terminales qu'il est resté, que l'histoire de la pensée se réduit à la liste des auteurs du programme du bac philo, dans laquelle, en matière de psychanalyse, ne figure que le seul nom de Freud. Pour bien juger de la psychanalyse, il aurait fallu éviter de se limiter à la lecture de son seul fondateur et consentir aussi à étudier non seulement le premier cercle freudien et para-freudien constitué par Ferenczi, Abraham, Jones, Adler, Jung, Rank, mais surtout les grands psychanalystes qui ont suivi et qui ont considérablement renouvelé et amélioré les premières idées freudiennes, comme Anna Freud, Melanie Klein, Wilfried Bion, John Bowlby, Donald Woods Winnicott, Heinz Kohut, Harold Searles, Jacques Lacan, Françoise Dolto, Piera Aulagnier, Didier Anzieu, André Green, Janine Chasseguet-Smirgel, Pierre Marty, Paul-Claude Racamier, Joyce McDougall, et tous ceux que je ne peux pas citer afin de ne pas être trop désobligeant...
Bref. Michel Onfray s'est trouvé une posture, une posture suffisamment mainstream pour qu'il n'ait aucun intérêt à y renoncer au nom de la science, et cette posture est celle du rebelle solaire approximatif qui jouit de l'idée d'être un déboulonneur d'idoles en s'identifiant au Nietzsche médiatique des temps présents. Il le confiait lui-même hier dans une émission de télévision ("Le Grand Journal", sur Canal Plus) : il ne fait que suivre le programme de son cours à l'Université mainstream populaire de Caen : celui d'une « contre-histoire » qui a pour mission de faire tomber des têtes. « C'est le tour de Freud, cette année », dit-il platement. Nous voilà avertis : l'année prochaine, ce sera sûrement quelqu'un d'autre. Il faut dire que c'est vendeur. Beaucoup plus que d'être un chercheur honnête et modeste. Pauvres Caennais. Ils ne savent pas ce qu'on leur fait.
J'avais jusqu'ici réussi à garder de la tendresse pour vos écrits, cher Michel Onfray. J'avais même été jusqu'à vous citer dans l'épilogue de mon premier livre, qui était justement un essai psychanalytique... On ne m'y reprendra plus.
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PS : pour ceux qui connaissent mal la psychanalyse et voudraient lire des livres d'introduction générale sérieux mais faciles à lire, écrit par des chercheurs et des psychanalystes praticiens qui connaissent leur métier, je conseille par exemple les suivants :
- Roger PERRON, Une psychanalyse, pourquoi ?, InterÉditions, 2000.
- Simone KORFF SAUSSE, Dialogue avec mon psychanalyste, Hachette Littératures, 2001.
- Gérard BONNET, Comment peut-on être psychanalyste ?, éd. L'esprit du temps, 2005.
Lire aussi :
- la critique d'Elisabeth Roudinesco, historienne de la psychanalyse
- l'échange croisé entre Michel Onfray et Julia Kristeva
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Afin de ne pas laisser mes lecteurs dans la frustration d'un véritable argumentaire, j'ai finalement produit un autre billet, critique et réfléchi, après celui-ci. Vous pouvez le lire ici : Freud, le premier génie féministe.
Notes
1. Michel ONFRAY, Le crépuscule d'une idole : l'affabulation freudienne, Grasset, 2010, 624 p.


on lit la 1ere ligne et on n'a pas envie d'aller au delà.
mais on lit quand meme le debut du 2nd paragraphe au prix d'un effort surhumain et d'un deal avec sa morale intellectuelle et là on comprend d'où vous parlez.
Alors nous prend cette envie de citer Nabokov : "Freud, le charlatan Viennois.".
Onfray n'a pas de posture, il aligne sa pensée de philosophe sur ses actes. Ce qu'il reproche à Freud de ne pas faire.
Enfin, avec la philosophie populaire de Caen, Onfray rend la philosophie, confisquée jusqu'alors par les élites, au peuple. Et en cela il demeure admirable.
Parce que vous croyez que (perdre mon temps à) lire ce livre m'apprendrait quelque chose sur la psychanalyse, à moi ? Ou bien que cela me ferait changer de point de vue sur l'entreprise visée par ce livre ? Quelle drôlerie.
Quant à la philosophie, elle n'est confisquée par personne (cette idée est juste un fantasme narcissiquement jouissif pour ceux qui croient la libérer d'une prison où elle n'est pas) et il n'appartient qu'au peuple d'aller jusqu'à elle au lieu d'attendre qu'on lui en serve une soupe affadie. La philosophie a même son magazine de nos jours, c'est dire comme elle est confisquée.
@Jean_no : tout le monde, dans le milieu de la psychanalyse, connaît et reconnaît depuis plusieurs décennies les maladresses du fondateur de la psychanalyse. Les meilleurs freudiens ont été les premiers et les plus grands critiques de Freud. Tout cela est déjà publié depuis de longues années, par des chercheurs sérieux et documentés d'envergure internationale. La critique scientifique de Freud est nécessaire et essentielle, oui, mais elle a déjà eu lieu, grâce aux scientifiques eux-mêmes. Le livre de Michel Onfray, qui n'a aucune compétence scientifique dans le champ de la psychanalyse, ne sert qu'à une chose : faire de lui un héros nitzschéen. Libre à lui. Le problème, c'est que la psychanalyse engage la vie psychique de nombreux autres êtres humains que Michel Onfray. Elle a bien plus de conséquences sur la vie des gens que la physique et les mathématiques. Un tel livre jeté dans l'espace public, avec la célébrité extrême qui est celle de Michel Onfray, c'est une attaque massive, gratuite et imbécile, contre tous ceux qui, en souffrance psychique, sont en droit d'attendre de la psychanalyse des soulagements que, dans bien des cas, elle est seule à pouvoir donner. Et si on faisait pareil avec la médecine ? Si on critiquait le mode de vie et les erreurs d'Hippocrate et Galien ? Si on disait aux gens que la médecine scientifique n'a longtemps été qu'un tissu de croyances absurdes ? Si on bassinait un peu les gens sur Canal Plus, France 2, etc., avec les erreurs du principe de la saignée tant critiqué par Molière ? Histoire de les convaincre un peu que la médecine est une affabulation et qu'il vaut mieux éviter le médecin quand on a une grippe H1N1 ? À quoi joue Michel Onfray ? À endormir les gens ? À leur proposer une nouvelle idole, celle du héros nitzschéen qui ne doit plus croire en rien parce que tout est affabulation ? Malheur aux médias qui n'ont rien de mieux à faire que d'inviter des incultes sur toutes les chaînes quand plusieurs milliers d'essais de gens sérieux sont publiés chaque année. Il est beau le débat public intellectuel en France.
La psychanalyse est efficace contre un certain type de souffrance (très répandu) pour un certain type de personnes (très répandu), et c'est tout. Ce type très répandu s'appelle la normalité névrotique. Elle permet par exemple de comprendre et soigner efficacement la dépression d'un névrosé, c'est-à-dire de quelqu'un de normal, hein. Pour autant, elle ne convient pas à tout le monde et n'est pas efficace sur les gens qui n'aiment pas parler beaucoup ou réfléchir longuement sur eux-mêmes en remontant dans leurs souvenirs. Elle nécessite des capacités d'insight et d'énonciation qui ne sont pas égales selon les personnes. En outre, la psychanalyse ne soigne pas la psychose, comme par exemple la schizophrénie. Dans de nombreux cas, cependant, elle permet de la stabiliser ou la soulager, ainsi que l'atteste la pratique des psychothérapies analytiques avec des psychotiques dans les services de psychiatrie de secteur comme celui de l'Asm13 où j'ai travaillé. En matière de psychose, les neurosciences et les thérapies cognitives ne font d'ailleurs pas mieux alors qu'elles sont tellement bien évaluables, n'est-ce pas. Quant à l'objectivation quantitativiste de l'efficacité de la psychanalyse, je me demande quand les gens vont comprendre qu'elle n'est pas possible lorsqu'il s'agit d'évaluer un processus analytique et qu'il faut chercher, pour ceux à qui le témoignage des patients guéris ne suffit pas, autre chose.
Je crois que le mieux est que vous jetiez un œil à l'occasion aux travaux scientifiques suivants :
Lionel Naccache est neurologue à l’hôpital de La Pitié Salpêtrière à Paris et chercheur en neurosciences cognitives à l’INSERM. Le compte-rendu de son livre est disponible en ligne dans la revue L'homme, revue française d'anthropologie fondée en 1961 par Émile Benveniste et Claude Lévi-Strauss et actuellement éditée par les éditions de l'École des Hautes Études en Sciences Sociales.
Simple aperçu généré en 2 minutes de clic sur le Web. Imaginez si on prenait une petite heure pour éplucher les bibliographies des revues savantes et les ouvrages spécialisés des gens sérieux. Vous pouvez essayez ici si vous voulez : http://bsf.spp.asso.fr/.
Maintenant, si vous préférez croire Michel Onfray sur France 2, je vous laisse. À un moment donné, même en psychanalyse, il faut accepter de laisser l'autorité à ceux qui l'ont. Ce n'est pas parce que la psychanalyse concerne tout le monde que tout le monde peut en parler. Et elle seule connaît les conditions épistémologiques de sa scientificité.
Frédéric, oui bien sûr. Je vais même, pour vous plaire, vous résumer mon avis en une seule ligne : je pense que ce livre est un torchon indigne d'un intellectuel sérieux et d'un éditeur national. Voilà. :)
Pitié ! C'est un argument complètement farfelu et je pense que vous valez mieux que ça ! Une logique auto-référente n'a jamais tort c'est évident, c'est valable pour l'existence de Dieu comme pour celle de l'univers du disque-monde de Terry Pratchett, mais ce "jamais tort" signifie aussi "jamais raison". À part ça, je ne "crois" pas Onfray, je ne connais pas Onfray et je me moque de savoir ce qu'il raconte. Par ailleurs si le dogme psychanalytique et les raisonnements en boucle me posent problème, je n'ai rien contre les praticiens. J'ai un bon ami psychanalyste qui travaille en hôpital, avec des gens qui souffrent de vrais problèmes de dépendance alcoolique notamment... Je sais qu'il les accompagne avec sérieux et honnêteté et comme il est loin d'être idiot ou de manquer de sensibilité, je suis sûr qu'il le fait très bien... Mais je suis sûr qu'il ferait tout aussi bien s'il était curé, infirmière ou instituteur : c'est lui qui est bien, pas sa science.
Bon, je ne pourrai plus venir lire vos réponses d'ici après-demain.
@Jean_no : Il faut sortir du monothéisme épistémologique et cesser de penser la scientificité de manière logiciste. Le problème est en effet que la psychanalyse a quelque chose à dire sur la scientificité elle-même, le "sujet de la science" et la nature même de la pensée logique. Comme le dit Paul-Laurent Assoun, il y a un "entendement freudien". Ça complique le problème et ne permet pas à des logiques épistémologiques externes classiques de comprendre comment la scientificité du discours analytique est générée.
Si je dis à un croyant que dieu n'existe pas ou que je lui demande si dieu existe et qu'il me répond "dieu seul peut répondre à cette question", eh bien je suis coincé, c'est vrai, quel que soit le dieu ou les dieux dont on parle. On est dans cette situation ici, puisque c'est exactement ce que vous me répondez.
Je n'ai pas de foi scientiste particulière, il me semble que je connais les limites de l'épistémologie façon Popper. En revanche, la médecine ce n'est pas une question métaphysique, ça opère ou ça n'opère pas. Quand on va chez un dentiste, on n'y va pas dans l'espoir d'être convaincu que la carie a disparu, on veut que ce soit le cas. Si ça ne marche pas c'est que le dentiste est mauvais, ou que sa méthode est mauvaise (beaucoup d'errances dans l'histoire de la chirurgie dentaire). Si le dentiste répond que seule l'union des dentistes a autorité pour me dire si j'ai mal au dents, j'aurais du mal à le suivre.
@Jean_no : Bon, j'avais dit que j'argumenterai pas et ne contre-argumenterai pas donc je vais m'arrêter là. De toute évidence, il y a un déficit d'expérience pratique personnelle de la psychanalyse de votre côté qui ne vous rend pas accessible ce que je vous dis. On se retrouve pris, comme chez Onfray, dans une littérature, c'est-à-dire du pur texte, sans connaissance de terrain. Pour filer la métaphore du dentiste, je dirais cependant ceci : aller chez le psychanalyste, ce serait comme aller chez le dentiste avec l'objectif, oui, de faire disparaître la carie. Sauf que l'agent psychanalytique (pour essayer de parler comme le pharmacien de l'âme que vous voulez que je sois) ne réside pas seulement dans le dentiste : il se trouve aussi dans le patient. Pour que "ça marche", le dentiste-psychanalyste va donner au patient les outils et lui montrer comment s'en servir pour qu'il s'enlève la carie lui-même (à la condition expresse qu'il en ait envie, hé oui, on travaille avec le désir, pas facile de le faire entrer dans une étude évaluative de l'INSERM), ce qui, du point de vue psychanalytique, est la seule façon de l'enlever. Cela va prendre un peu de temps car le patient n'est pas dentiste de formation. Mais s'il est attentif et patient, il va y arriver. Et en effet seule l'union des dentistes pourra expliquer d'un point de vue scientifique comment il a été possible que le patient, grâce au concours du dentiste, soigne sa carie (en revanche seul le patient a autorité pour dire s'il a mal, merci de pas tout mélanger). En revanche, sans le concours actif (par des interprétations) du psychanalyste, le patient n'aurait jamais pu soigner sa carie. Voilà, après faut essayer, et arrêter de blablater. On ne remet pas en cause une pratique scientifique vérifiée au quotidien dans les hôpitaux et les cabinets depuis un siècle parce qu'un écrivain a envie de casser du Freud.
PS : quant à la "logique auto-référente", merci d'éviter aussi la naïveté épistémologique : tous les systèmes scientifiques sont auto-référents, la géométrie euclidienne comme la non-euclidienne, c'est un principe fondamental de théorie logique de la connaissance qui s'appelle axiomatique.
Merci de votre message, Marvel.
Néanmoins, je tiens à vous faire remarquer que mon billet n'est pas un argumentaire. J'ai dit dès les premières lignes que je n'argumenterai et ne contre-argumenterai pas (bien que j'ai cédé un peu à la tentation dans les commentaires). En effet, je conteste le statut d'argument aux arguments que contient le livre de Michel Onfray. C'est pourquoi je ne les lis même pas, n'argumente pas et ne contre-argumente pas sur le contenu du livre, et ce d'autant plus que ce contenu n'a rien de neuf pour quelqu'un comme moi qui ai étudié autrement mieux la psychanalyse que Michel Onfray, lequel ne fait que compiler dans un pamphlet partisan des éléments publiés par des chercheurs depuis longtemps, comme je l'ai dit plus haut.
En outre, qu'on le lise en détail ou pas, tout le monde a compris la thèse du livre : « la psychanalyse est une affabulation et non une science ». Quelles que puissent être les zones d'ombre de l'histoire de la psychanalyse, comme il en existe dans toutes les sciences (et je ne crois pas que celles de la psychanalyse soient les pires), soutenir une telle thèse (si on peut appeler cela une thèse) ne constitue pas un livre, mais simplement une attaque.
Voilà pourquoi mon billet n'est pas non plus une analyse critique étayée du livre de Michel Onfray : c'est une contre-attaque. Il y a des formes d'attaque contre lesquelles un point de vue honnête et argumenté est inutile et improductif. Rien ne ferait changer d'avis Michel Onfray, cela ne sert profondément à rien de contre-argumenter : Michel Onfray n'est pas intéressé ni même informé de ce qui se passe dans les hôpitaux et les cabinets depuis un siècle. Regardez-les tous se ridiculiser à essayer d'opposer à Onfray des points de vue honnêtes et réfléchis : Jacques-Alain Miller, Elisabeth Roudinesco, Julia Kristeva... J'ai honte pour eux, que j'admire. Ils se ridiculisent à s'abaisser à lui répondre de manière argumentée. C'est un peu comme si un prix Nobel se disputait avec un gamin qui croit pouvoir donner des leçons aux astrophysiciens sur la théorie du Big Bang. Moi, je préfère répondre à Michel Onfray sur le terrain où il s'est lui-même placé : l'attaque. Je pense que c'est la forme de réponse la mieux adaptée qu'on puisse lui adresser.
Avec ce livre, Michel Onfray nous montre ce que la philosophie médiatique a de pire sous la forme de la figure contemporaine de l'intellectuel : sous couvert d'agrégation et/ou de doctorat en philosophie, les "philosophes" médiatiques de notre temps se présentent comme potentiellement experts en tout, ce dont les médias raffolent. Voilà des gens, "sophistes" d'un genre nouveau, qui ont un avis sur chaque sujet, sans avoir aucune compétence scientifique ou légitimité de chercheur pour en parler. On est dans le domaine de l'opinion, réhaussée et améliorée grâce à une certaine maîtrise de la langue et de la culture philosophique, mais on est à dix mille lieues de la pensée. Suffit de penser aux autres du même genre, comme Alain Finkielkraut, qui prononce une énormité dès qu'il s'exprime sur le sujet de l'Internet.
Quant à la critique de Freud, il faut arrêter de laisser dire Michel Onfray qu'elle est impossible à faire : elle est déjà faite. Elle a été faite par les freudiens eux-mêmes et Michel Onfray se contente de la resservir dans un style démagogique et caricatural non pas dans le but de la produire à nouveau, mais de la reproduire. Pourquoi ? Uniquement pour démolir. Le livre de Michel Onfray n'a aucun objectif scientifique. Il n'a qu'un objectif stratégique : détruire. Je ne peux pardonner cela à quelqu'un qui a fait les mêmes études que moi. Je me fais pour ma part une tout autre idée de la philosophie.
C'est pour cette raison même que je m'attaquerai à ce livre sans relâche, quoi qu'il contienne et quoi qu'il arrive. C'est une attaque indigne contre la souffrance psychique et la guérison psychique de tous ceux qui, comme moi, sont passés et passeront sur un divan. Face à la desctructivité, il n'est de réponse légitime que la riposte.
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Sur ce, je pense avoir suffisamment expliqué ma position et répondu aux remarques. Je ferme les commentaires et clos cette discussion. Il est grand temps que nous passions tous à autre chose. :)
Je rouvre les commentaires pour vous faire part de l'échange que j'ai eu avec Jean_no par courriel et que je reproduis sous la forme des commentaires que cela aurait pu être.
Désolé, Jean_no, si je vous ai frustré de poursuivre. Mais je souhaitais réagir seulement au livre de Michel Onfray et non m'engager dans une interminable "défense et illustration de la psychanalyse", pour laquelle j'ai déjà pas mal fait. Au plaisir de reprendre ces échanges à une autre occasion. Quant à l'idée d'un chaos par forfait, elle suppose l'idée d'un match de boxe entre nous. J'espère qu'on n'en est pas là, quand même.
Je ne sais pas quoi vous dire, cher Jean-no. Avoir une discussion calme et posée sur la psychanalyse, ses techniques, son efficacité, ses insuffisances, je n'ai rien contre. Je ne crains pas du tout la discussion sur la psychanalyse. On peut boire un verre un jour pour en parler posément si vous voulez et si vous êtes sur Paris. En revanche, je ne veux pas m'étaler sur le Web indéfiniment. Sur le Web, je veux juste m'opposer à Onfray afin de sauver un peu ceux qui pourraient être victimes de son livre et rester du coup prisonniers de souffrances dont la psychanalyse, comme elle l'a fait pour moi, pourrait les aider à sortir. Si un verre vous tente à l'occasion, faites-moi signe, et l'on pourra mieux creuser le sujet, de manière vraiment posée, dépassionnée, argumentée et critique, ce que je n'ai pas voulu faire ici.
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Voilà, je referme les commentaires. Je voulais vous faire part de cet échange pour vous montrer ma bonne foi. Que ceux qui voudraient creuser le sujet de manière critique et réfléchie me contactent pour en parler de vive voix devant une bière. RIDEAU.