02 6 / 2012

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Alors que je reviens tout juste du WIF, Festival international de design interactif, je découvre que la Société Psychanalytique de Paris lance son nouveau site Internet à l’adresse : www.societe-psychanalytique-de-paris.net. Une très grande déception en termes de design qui porte un coup sévère à la réception sociale de la psychanalyse. Fervent défenseur de la psychanalyse, j’ai décidé d’écrire à la Société Psychanalytique de Paris pour les alerter. Voici le contenu de mon courriel.

Chère madame, cher monsieur,

Je découvre aujourd’hui, au cours de mes pérégrinations numériques, le nouveau site Internet que la Société Psychanalytique de Paris projette de lancer : http://www.societe-psychanalytique-de-paris.net. Je suis philosophe de formation, psychologue clinicien diplômé de l’Université Paris 7 Denis Diderot, et reconverti professionnellement dans le champ du design en tant que directeur de création de LEKTUM. Je ne vous écris pas pour vous vendre une prestation. Je vous écris parce que j’ai passé dix ans sur le divan de psychanalystes et je suis tellement choqué par l’image que vous vous apprêtez à donner de vous avec ce nouveau site que je ne vois pas quoi faire d’autre que vous écrire pour vous faire part de mes réflexions et, je l’espère, stimuler les vôtres en vue d’améliorer la situation.

À l’heure où la psychanalyse est en perte de vitesse dans les institutions hospitalières, où elle est malmenée par le législateur, où elle est traînée dans la boue par des livres noirs et des philosophes médiatiques qui n’y connaissent rien, au point que des gens très sérieux finissent par la mettre en doute, la psychanalyse a plus que jamais besoin de COMMUNIQUER au public ce qu’elle est vraiment. Pour cela, il faut qu’un média soit capable de parler de la psychanalyse de manière qui ne soit pas inculte ou inexacte et, de toute évidence, il n’y en a pas. Il ne reste donc aux écoles de psychanalyse qu’une seule solution : investir dans leur site Internet pour qu’il existe au moins un lieu, dans l’espace public, où il est question de psychanalyse de manière crédible. C’est, à l’heure actuelle, la dernière terre où il est possible pour le public d’entendre quelque chose de fiable sur la psychanalyse. Créer un site Internet de qualité n’est donc pas seulement se doter d’un outil de communication efficace. C’est tout simplement se donner une chance d’exister dans l’espace public. Car, de nos jours, l’espace public est numérique.

Actuellement, les rares écoles de psychanalyse en France qui se sont dotés d’un outil Internet crédible se comptent sur les doigts de la main. On peut citer la Société de Psychanalyse Freudienne ou l’École de la Cause Freudienne. Jusqu’à ce jour, on pouvait également citer la Société Psychanalytique de Paris. Ce ne sera désormais plus possible car, avec le nouveau site Internet que vous vous apprêtez à lancer, la SPP rejoint désormais le cercle des amateurs, ce qui, malheureusement, va nourrir le discrédit social jeté sur la discipline et c’est à la fois regrettable et douloureux.

Pour par ma part, tant à titre personnel que professionnel, je ne comprends pas (et je n’accepte pas) que le professionnalisme et la qualité scientifique d’une institution comme la vôtre puissent être à ce point malmenés et démolis auprès du public. Un site Internet comme celui-ci est potentiellement suicidaire et parviendra sans peine et en très peu de temps, à l’heure de Twitter et Facebook, à donner de vous l’image d’une institution ringarde et amateur. Or, vous et moi le savons, la Société Psychanalytique de Paris est, avec plusieurs autres, l’une des grandes institutions scientifiques garantes de la psychanalyse en France, et rassemble en son sein des professionnels de très haut niveau. Comment pouvez-vous accepter de vous démolir vous-mêmes auprès du public de cette manière ? Si vous ne montrez pas l’exemple, si vous-mêmes renoncez à communiquer ce que vous êtes, qui le fera ? Michel Onfray ? Ne mettez pas ce site en ligne en l’état.

Pour que mon propos soit tout à fait clair et compréhensible, je vous livre seulement une ou deux remarques de détail, à toutes fins utiles : 

  • le design graphique du site est d’un amateurisme inquiétant qui donne de votre institution l’image d’une organisation sans professionnalisme, sans crédibilité, sans sérieux : votre site précédent, quoique un peu ancien et obsolète à d’autres égards, était sur ce plan bien meilleur. Or, l’image que vous donnez par le design graphique n’est pas seulement une affaire vulgaire de stratégie de communication : l’image que vous donnez, c’est très exactement ce que vous êtes pour le public (de plus en plus nombreux) qui ne comprend pas ce qu’est la psychanalyse dans un contexte où elle est décrédibilisée ;
  • la page d’accueil en Flash est, au-delà de la grande laideur graphique de l’animation du divan de Freud, complètement contraire aux règles de l’accessibilité : Flash est une technologie obsolète complètement abandonnée sur le Web aujourd’hui qui a l’immense inconvénient d’être extrêmement négative pour votre référencement. Pour être clair, Google ne référencera pas votre nouvelle page d’accueil car il ne sait pas lire le Flash et que votre page d’accueil est vide de tout contenu. En outre, Flash n’est pas reconnu par les terminaux mobiles Apple comme l’iPhone ou l’iPad, ce qui signifie que sur ces appareils, votre site ne sera même pas visible ou accessible (du moins par la page d’accueil) ! Cela est vrai de toutes vos animations Flash, visibles dans différentes rubriques, qui ne seront pas visibles, au-delà du fait que leur style graphique est de très mauvaise qualité ;
  • le changement de nom de domaine est une erreur grave pour votre référencement : la qualité de référencement que vous avez acquise par accumulation sur Google depuis 10 ans grâce au nom de domaine http://spp.asso.fr/ va être complètement perdue sur http://www.societe-psychanalytique-de-paris.net/, à moins que vous ayez déjà prévu de rediriger par des redirections 301 toutes vos anciennes URLs vers les nouvelles ?

On pourrait détailler plus en profondeur le diagnostic, mais ce n’est pas le propos ici. D’autant que ce nouveau site présente aussi des points positifs, comme le choix de WordPress comme outil de gestion de contenu ou comme la recherche d’analystes de manière géo-localisée. C’est principalement l’ergonomie et le design graphique qui sont en grande souffrance sur ce nouveau site.

J’ai créé LEKTUM pour que les institutions en sciences humaines et sociales aient droit au design, afin de bénéficier d’une visibilité crédible et pertinente dans l’espace public, à la mesure de ce qu’elles sont. Aussi, je me sens interpellé dans le fondement même de mon métier par le choix que vous êtes en train de faire. C’est pourquoi je me devais de vous alerter. Si vous le souhaitez, je me tiens à votre disposition, tout à fait bénévolement, pour vous rencontrer et vous conseiller afin de vous aider à vous orienter dans ce monde, il est vrai complexe, de la société de l’information et des technologies numériques.

Bien cordialement,

Stéphane Vial
Directeur de création
LEKTUM