26 8 / 2014

18 8 / 2014

Je vous parle souvent de l’échec de la SNCF avec les TGV Christian Lacroix. Comme Roger Tallon aimait à le rappeler, ce ne sont pas les Français qui ont inventé le TGV, mais les Japonais. Le Shinkansen a été mis en service en 1964, soit 15 ans avant le TGV français. David Serrault l’a récemment emprunté et, image à l’appui, en parle très bien : « C’est une machinerie complexe dont le degré de perfection est tel que sa technologie disparait au profit de la pure experience d’une translation dans l’espace », écrit-il. Je vous invite à lire ses notes ici : Notes Shinkanzen - Août 2014. Elles donnent envie de courir au Japon pour l’essayer. Surtout quand on lit que ces TGV « sont, grâce à une ingénieuse machinerie de reversion alternative, toujours orientés dans le sens de la marche ». L’évidence.

PS : la photo de hublot est de David.

05 8 / 2014

"Il y a dans le design traditionnel des aspects avec lesquels je
suis en complet désaccord : 1- sa justification par des « règles esthétiques » provenant encore de Morris ou du Bauhaus ; 2- la production de copies en série. Cette dernière affirmation n’implique pas la nostalgie d’un passé où la production était encore de type artisanal. Je considère au contraire que la production en série de biens et d’objets a constitué une conquête importante pour l’amélioration de la vie. Mais j’ai toujours été contrarié par l’aspect répétitif qui caractérise la production en série. Se répéter, sacrifier aux habitudes est, selon moi, synonyme d’une perte de vie. La répétition est en somme un renoncement à une éventuelle expérience nouvelle. Répéter un jour à l’égal des précédents, c’est renoncer au temps qui passe ; c’est ne pas savoir l’utiliser. Si une série de mille objets n’est qu’une série de copies, elle est le renoncement à mille expériences différentes. Ce qui est différent est vital ; ce qui est identique est veule, conformiste, démissionnaire. D’autres disaient : « Perseverare diabolicum ». Je considère que le design est un instrument supplémentaire pour réaliser ces concepts. Il permet d’utiliser les conquêtes de la production en série et de les enrichir par des idées et des techniques appropriées de telle manière que les objets, à l’instar des êtres humains, aient en définitive la possibilité d’être différents. Je crois que quiconque se sert aujourd’hui des objets commence à ressentir le besoin de posséder des «originaux industriels»."

Gaetano Pesce,1981, « Portraits », in Noblet (de), J. (dir.), Culture technique, no. 5 « Design », éd. CRCT, 1981, p. 231, en ligne : http://goo.gl/3uMKmv

05 8 / 2014

"Les grandes innovations artistiques se sont toujours édifiées avec l’aide de technologies et matériaux nouveaux."

04 8 / 2014

"Nous sommes en France où, dans le domaine qui nous est cher, les Pouvoirs Publics mettent en application l’adage célèbre : On s’en fout !"

Jacques Viénot, 1958, à propos de l’esthétique industrielle.

02 8 / 2014

"De même que l’esthétique industrielle des années 1950 s’était donnée pour tâche d’humaniser le machinisme, l’un des buts du design pour l’innovation sociale est d’humaniser la révolution numérique."

S. Vial, pensée du 2 août 2014.

28 7 / 2014

image

Je suis né au milieu des années 1970, en province, dans un milieu modeste. Sur ce plan, je me reconnais tout à fait dans la description de ma génération telle qu’elle est donnée par Tristan Garcia dans son roman Faber, dont j’aurais pu écrire les mots ci-dessous :

Nous étions des enfants de la classe moyenne d’un pays moyen d’Occident, deux générations après une guerre gagnée, une génération après une révolution ratée. Nous n’étions ni pauvres ni riches, nous ne regrettions pas l’aristocratie, nous ne rêvions d’aucune utopie et la démocratie nous était devenue égale. Nous avions été éduqués et formés par les livres, les films, les chansons, par la promesse de devenir des individus. Je crois que nous étions en droit d’attendre une vie différente. Mais pour gagner de quoi vivre comme tout le monde, une fois adultes, nous avons compris qu’il ne serait jamais question que de prendre la file et de travailler.

Je poursuis. Nous n’avons eu de cesse de rêver à un autre monde, et nous avons buté sur la crise. Nous n’avons d’ailleurs jamais entendu parler que de cela. Au point où, même après 1981 que nous n’avons pas vraiment connu (j’avais 6 ans), nous avons cru à la gauche et à l’espoir d’un avenir meilleur. Parce que, comme le dit si bien le designer Ettore Sottsass en 1990 (j’avais 15 ans) : 

Incontestablement, durant les années 1980, l’usage et la consommation de design ont explosé comme une supernova. Suivant son cours, la logique industrielle a trouvé, avec le design, un argument surpuissant, un argument cinq étoiles pour soutenir la diffusion, à l’échelle planétaire, de millions de produits pour entrer toujours plus largement en communication avec les populations.

J’ai grandi en plein âge d’or de cette dynamique, si bien saisie dans le roman 99 francs de Frédéric Beigbeder. Et bien sûr, très vite, comme beaucoup de gens de mon âge, j’ai adhéré à l’idée suivante, formulée à nouveau par Sottsass dans le même texte (référence en bas de ce billet) :

Il vaut mieux savoir que, d’une part, on risque d’être pressés, compressés par la grande machine industrielle dont on ne réussit jamais à connaître, et encore moins à contrôler la logique, les rouages, les drames et les victoires et que, d’autre part, on risque d’être pressés et compressés par les ruses que la culture industrielle déploie pour séduire et atteindre le fond de l’âme de chacun, sans que nul n’en réchappe.

Parole de designer industriel qui participe à ces rouages et qui vit à l’intérieur de cette machine, dont il constate qu’il n’a pas pu la changer. Et la vérité, cinglante, tombe :

Jusqu’à aujourd’hui, la culture industrielle, violente, barbare et irrésistible, a mis en échec, fait avorter ou phagocyté toutes les tentatives visant à être marginal, toutes les tentatives visant à concevoir une autre culture qui se présenterait à l’extérieur ou à côté d’elle.

Bien sûr, Sottsass parle en priorité des tentatives des designers. Mais la valeur générale de cette déclaration est évidente et permet à tout une génération de s’y reconnaître.

Elle a surtout le mérite, pour moi, d’éclairer rétrospectivement l’une des raisons pour lesquelles, 10 ans après la date où ces lignes ont été écrites, au début des années 2000, je me suis massivement investi dans le numérique (lire Il était une fois pp7), qu’on appelait alors le virtuel, bien avant qu’il ne devienne une passion globale.

En effet, au-delà des facteurs individuels plus personnels, c’est très exactement pour cela que j’ai cru à l’Internet dès que j’y ai touché : parce que j’ai pensé qu’il pouvait nous amener non seulement à « concevoir une autre culture » mais encore à la faire advenir, une culture où les citoyens auraient plus de pouvoir et vivraient autrement le lien social, classiquement saturé de verticalité et de privilèges. Et, d’une certaine manière, en 15 ans, c’est ce qui s’est passé avec l’essor des cultures numériques et la perspective d’une « troisième révolution industrielle » (Jeremy Rifkin) organisée autour d’une « économie de la contribution » (Bernard Stiegler) et s’appuyant sur la « démocratie Internet » (Dominique Cardon) et ses nouvelles « liaisons numériques » (Antonio Casilli). Aussi, quand Sottsass écrit les lignes suivantes, l’année même de l’invention du Web, il ne peut imaginer ce qui va se passer :

Je crois que, pour le moment, il n’existe pas d’autre avenir que celui vers lequel la logique industrio-technologique nous entraîne inévitablement, un avenir qui ne relève pas des destins individuels mais qui serait global, planétaire et d’une portée historique sans précédent. Je ne vois pas poindre d’autres cultures suffisamment puissantes pour envisager qu’elles puissent remplacer la culture industrielle. 

Nous en avons une, maintenant. C’est la culture numérique. 

Voilà pourquoi, malgré le « blues du Net » qui nous frappe depuis l’affaire Snowden et sur lequel surfent pas mal d’auteurs qui ont envie de vendre des livres, je demeure confiant dans la possibilité de faire advenir un monde nouveau, dont l’économie du partage, par exemple, me semble constituer un premier élément intéressant.

Voilà pourquoi, dans L’être et l’écran (PUF, 2013) qui analyse le phénomène numérique à partir d’une phénoménologie générale de la technique, je suis resté optimiste et confiant, cherchant à valoriser le potentiel créatif de la révolution numérique.

Voilà pourquoi, pour paraphraser mon camarade Yann Leroux, je me sens philosophe et geek. Apprendre à écrire du HTML et du CSS a changé ma vie. Sans le numérique, je crois que je serais devenu aussi triste et désenchanté que Michel Houellebecq, qui est de loin l’écrivain qui a le plus marqué ma jeunesse et frappé mon cœur. J’ai lu trois de ses livres et, après cela, je n’ai plus eu envie de lire (ou d’écrire) de littérature. Heureusement, il y a eu la psychanalyse (dont témoigne à sa manière mon premier livre, Kierkegaard, écrire ou mourir, PUF, 2007).

Néanmoins, si l’on en croit les récents développements du capitalisme numérique porté par les géants du Web, qui semble capable de tout aspirer, on est en droit de craindre que la nouvelle culture que nous appelons de nos voeux depuis vingt ans peine à vaincre pleinement. Je continue de croire pour ma part que les difficultés et les adaptations que nous traversons ne font que confirmer que ce changement n’est pas conjoncturel, mais structurel. Comme dans toute crise systémique, la fin d’un monde est le premier visage de sa renaissance.

Encore faut-­il que les pouvoirs publics aient le courage de soutenir réellement l’innovation numérique au service de l’homme et de la société, en dégainant autre chose que des lois anti-Amazon ou des politiques culturelles et industrielles recroquevillées sur la tradition, les vieilles recettes et la peur de voir l’avenir en grand.

Nous vivons dans un monde en mutation. Tout ce que l’âge classique a construit, de la Renaissance aux Lumières, le XXIe siècle est train de le recomposer. C’est pourquoi le design doit jouer un rôle central dans la révolution politique du futur et l’avènement de la nouvelle culture. Car il ne consiste plus à concevoir des produits, mais des services. Il ne sert plus les intérêts des industriels, mais de la société. Il est désormais le principal levier du changement.

Référence : E. Sottsass, « Lettre aux designers », Domus, avril 1990 (dans Midal, A., Design : l’anthologie, 2013, p. 412-413).

Photo : flickr (cc by-nc-sa)

05 7 / 2014

"Experiments with monkeys suggest, he argues, that animals who are well fed from a hard prickly mechanical device still need to cling to something soft and comforting, and to be caressed. If this need is not met, the infant grows up with severe behavioral disabilities […]. And if this need is met, but by a figure who is not identical with the source of nourishment, the monkey will attach itself far more firmly to the comfort source than to the nourishment source."

Martha Nussbaum, Upheavals of Thought, p. 186 (à propos de J. Bowlby, Attachement and loss).

02 7 / 2014

On nous annonce qu’Alain Veinstein est remercié par France Culture. C’est triste. Non pas parce qu’il faudrait que les meilleures choses n’aient jamais de fin. Mais parce que c’était une de ces rares émissions capable de consacrer quarante minutes d’antenne à un auteur pour parler avec lui de son dernier livre. Parce que c’était une de ces rares émissions où l’on lit les livres. Une pensée pour vous, cher Alain. Et pour ces deux belles émissions que vous m’aviez consacrées, la première pour présenter mon Kierkegaard, écrire ou mourir et la seconde pour parler de mon Court traité du design (podcast ci-dessus).

28 6 / 2014

Un été tout en Denim. Un dossier où l’on découvre les tendances mode de l’été 2014 axées sur le jean et où l’on ré-apprend que la toile Denim du “bleu de Gênes” de Lévi Strauss (plus connu sous son nom américanisé de “blue jean”) vient “de Nîmes”  — dans La Gazette de Nîmes de cette semaine, no. 786, du 26 juin au 2 juillet 2014.

Un été tout en Denim. Un dossier où l’on découvre les tendances mode de l’été 2014 axées sur le jean et où l’on ré-apprend que la toile Denim du “bleu de Gênes” de Lévi Strauss (plus connu sous son nom américanisé de “blue jean”) vient “de Nîmes” — dans La Gazette de Nîmes de cette semaine, no. 786, du 26 juin au 2 juillet 2014.

25 6 / 2014

On nous dit que l’application YO s’apprête à devenir un succès mondial. Nous verrons bien. Si cela devait être le cas, ce ne serait pas étonnant. Rangez votre mépris pour le futile. Derrière ce type d’application, ce qui se cache, c’est bien évidemment un immense besoin de décharge pulsionnelle : évacuer la tension accumulée par la surcharge informationnelle que nous subissons quotidiennement, ne serait-ce que par nos e-mails. Il faut dire que le concept est judicieux et repose sur une radicalisation extrême du concept de Twitter. Quand toute la planète twitte, 140 caractères, finalement, c’est énorme — et déjà trop. Un seul mot pour tout dire, quel génie. Sans compter les cascades de malentendus à venir, dont on rira. Rien de plus jouissif que ce qui ne sert à rien. Théophile Gauthier nous avait prévenus : "Rien de ce qui est beau n’est indispensable à la vie : tout ce qui est utile est laid". Soyons freudiens et remplaçons “beau” par “jouissif”. Tout s’éclaire. 

On nous dit que l’application YO s’apprête à devenir un succès mondial. Nous verrons bien. Si cela devait être le cas, ce ne serait pas étonnant. Rangez votre mépris pour le futile. Derrière ce type d’application, ce qui se cache, c’est bien évidemment un immense besoin de décharge pulsionnelle : évacuer la tension accumulée par la surcharge informationnelle que nous subissons quotidiennement, ne serait-ce que par nos e-mails. Il faut dire que le concept est judicieux et repose sur une radicalisation extrême du concept de Twitter. Quand toute la planète twitte, 140 caractères, finalement, c’est énorme — et déjà trop. Un seul mot pour tout dire, quel génie. Sans compter les cascades de malentendus à venir, dont on rira. Rien de plus jouissif que ce qui ne sert à rien. Théophile Gauthier nous avait prévenus : "Rien de ce qui est beau n’est indispensable à la vie : tout ce qui est utile est laid". Soyons freudiens et remplaçons “beau” par “jouissif”. Tout s’éclaire. 

25 6 / 2014

"Designing is an human approach for inquiry and action well suited for bringing change into the world. But it is not a profession or a discipline. A person is not a designer, but a person may use a designerly approach to fulfill their goals."