28 7 / 2014

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Je suis né au milieu des années 1970, en province, dans un milieu modeste. Sur ce plan, je me reconnais tout à fait dans la description de ma génération telle qu’elle est donnée par Tristan Garcia dans son roman Faber, dont j’aurais pu écrire les mots ci-dessous :

Nous étions des enfants de la classe moyenne d’un pays moyen d’Occident, deux générations après une guerre gagnée, une génération après une révolution ratée. Nous n’étions ni pauvres ni riches, nous ne regrettions pas l’aristocratie, nous ne rêvions d’aucune utopie et la démocratie nous était devenue égale. Nous avions été éduqués et formés par les livres, les films, les chansons, par la promesse de devenir des individus. Je crois que nous étions en droit d’attendre une vie différente. Mais pour gagner de quoi vivre comme tout le monde, une fois adultes, nous avons compris qu’il ne serait jamais question que de prendre la file et de travailler.

Je poursuis. Nous n’avons eu de cesse de rêver à un autre monde, et nous avons buté sur la crise. Nous n’avons d’ailleurs jamais entendu parler que de cela. Au point où, même après 1981 que nous n’avons pas vraiment connu (j’avais 6 ans), nous avons cru à la gauche et à l’espoir d’un avenir meilleur. Parce que, comme le dit si bien le designer Ettore Sottsass en 1990 (j’avais 15 ans) : 

Incontestablement, durant les années 1980, l’usage et la consommation de design ont explosé comme une supernova. Suivant son cours, la logique industrielle a trouvé, avec le design, un argument surpuissant, un argument cinq étoiles pour soutenir la diffusion, à l’échelle planétaire, de millions de produits pour entrer toujours plus largement en communication avec les populations.

On pense au roman 99 francs de F. Beigbeder. J’ai grandi en plein âge d’or de cette dynamique. Et bien sûr, très vite, comme beaucoup de gens de mon âge, j’ai adhéré à l’idée suivante, si bien formulée à nouveau par Sottsass dans le même texte (référence en bas de ce billet) : 

Il vaut mieux savoir que, d’une part, on risque d’être pressés, compressés par la grande machine industrielle dont on ne réussit jamais à connaître, et encore moins à contrôler la logique, les rouages, les drames et les victoires et que, d’autre part, on risque d’être pressés et compressés par les ruses que la culture industrielle déploie pour séduire et atteindre le fond de l’âme de chacun, sans que nul n’en réchappe.

Parole de designer industriel qui participe à ces rouages et qui vit à l’intérieur de cette machine, dont il constate qu’il n’a pas pu la changer. Et la vérité, cinglante, tombe :

Jusqu’à aujourd’hui, la culture industrielle, violente, barbare et irrésistible, a mis en échec, fait avorter ou phagocyté toutes les tentatives visant à être marginal, toutes les tentatives visant à concevoir une autre culture qui se présenterait à l’extérieur ou à côté d’elle.

Bien sûr, Sottsass parle en priorité ici des tentatives des designers. Mais la valeur générale de cette déclaration est évidente et permet à tout une génération de s’y reconnaître.

Elle a surtout le mérite, pour moi, d’éclairer rétrospectivement l’une des raisons pour lesquelles, 10 ans après la date où ces lignes ont été écrites, au début des années 2000, je me suis massivement investi dans le numérique (lire Il était une fois pp7), qu’on appelait alors le virtuel, bien avant qu’il ne devienne une passion globale.

En effet, au-delà des facteurs individuels plus personnels, c’est très exactement pour cela que j’ai cru à l’Internet dès que j’y ai touché : parce que j’ai pensé qu’il pouvait nous amener non seulement à « concevoir une autre culture » mais encore à la faire advenir, une culture où les citoyens auraient plus de pouvoir et vivraient autrement le lien social, classiquement saturé de verticalité et de privilèges. Et, d’une certaine manière, en 15 ans, c’est ce qui s’est passé avec l’essor des cultures numériques et la perspective d’une « troisième révolution industrielle » (Jeremy Rifkin) organisée autour d’une « économie de la contribution » (Bernard Stiegler), qui vient en quelque sorte répondre à cette autre déclaration de Sottsass qui ignore encore que, la même année, le Web vient d’être inventé : 

Je crois que, pour le moment, il n’existe pas d’autre avenir que celui vers lequel la logique industrio-technologique nous entraîne inévitablement, un avenir qui ne relève pas des destins individuels mais qui serait global, planétaire et d’une portée historique sans précédent. Je ne vois pas poindre d’autres cultures suffisamment puissantes pour envisager qu’elles puissent remplacer la culture industrielle. 

Nous en avons une, maintenant. C’est la culture numérique. 

Voilà pourquoi, malgré le « blues du Net » qui nous frappe depuis l’affaire Snowden et sur lequel surfent pas mal d’auteurs qui ont envie de vendre des livres, je demeure confiant dans la possibilité de faire advenir un monde nouveau, dont l’économie du partage, par exemple, me semble constituer un premier élément intéressant.

Voilà pourquoi, dans L’être et l’écran, je suis resté optimiste et confiant, cherchant à valoriser le potentiel créatif de la révolution numérique.

Voilà pourquoi, pour paraphraser le camarade Yann Leroux, je me sens philosophe et geek. Apprendre à écrire du HTML et du CSS a changé ma vie. Sans le numérique, je crois que je serais devenu aussi triste et désenchanté que Michel Houellebecq, qui est de loin l’écrivain qui a le plus marqué ma jeunesse et frappé mon cœur. J’ai lu trois de ses livres et, après cela, je n’ai plus eu envie de lire (ou d’écrire) de littérature. Heureusement, il y a eu la psychanalyse (voir mon premier livre, Kierkegaard, écrire ou mourir).

Néanmoins, si l’on en croit les récents développements du capitalisme numérique porté par les géants du Web, qui semble capable de tout avaler, on est en droit de craindre que la nouvelle culture que nous appelons de nos voeux depuis vingt ans (celle de l’utopie Internet) peine à vaincre pleinement. Je continue de croire pour ma part que les difficultés et les adaptations ne font que confirmer que le changement que nous vivons n’est pas conjoncturel, mais structurel. Revenu de l’utopie industrielle moderniste, repensé et redéfini, le design peut et doit jouer un rôle central dans ce changement. Il doit œuvrer à l’avènement de la nouvelle culture.  

Référence : E. Sottsass, « Lettre aux designers », Domus, avril 1990 (dans Midal, A., Design : l’anthologie, 2013, p. 412-413).

05 7 / 2014

"Experiments with monkeys suggest, he argues, that animals who are well fed from a hard prickly mechanical device still need to cling to something soft and comforting, and to be caressed. If this need is not met, the infant grows up with severe behavioral disabilities […]. And if this need is met, but by a figure who is not identical with the source of nourishment, the monkey will attach itself far more firmly to the comfort source than to the nourishment source."

Martha Nussbaum, Upheavals of Thought, p. 186 (à propos de J. Bowlby, Attachement and loss).

02 7 / 2014

On nous annonce qu’Alain Veinstein est remercié par France Culture. C’est triste. Non pas parce qu’il faudrait que les meilleures choses n’aient jamais de fin. Mais parce que c’était une de ces rares émissions capable de consacrer quarante minutes d’antenne à un auteur pour parler avec lui de son dernier livre. Parce que c’était une de ces rares émissions où l’on lit les livres. Une pensée pour vous, cher Alain. Et pour ces deux belles émissions que vous m’aviez consacrées, la première pour présenter mon Kierkegaard, écrire ou mourir et la seconde pour parler de mon Court traité du design (podcast ci-dessus).

28 6 / 2014

Un été tout en Denim. Un dossier où l’on découvre les tendances mode de l’été 2014 axées sur le jean et où l’on ré-apprend que la toile Denim du “bleu de Gênes” de Lévi Strauss (plus connu sous son nom américanisé de “blue jean”) vient “de Nîmes”  — dans La Gazette de Nîmes de cette semaine, no. 786, du 26 juin au 2 juillet 2014.

Un été tout en Denim. Un dossier où l’on découvre les tendances mode de l’été 2014 axées sur le jean et où l’on ré-apprend que la toile Denim du “bleu de Gênes” de Lévi Strauss (plus connu sous son nom américanisé de “blue jean”) vient “de Nîmes” — dans La Gazette de Nîmes de cette semaine, no. 786, du 26 juin au 2 juillet 2014.

25 6 / 2014

On nous dit que l’application YO s’apprête à devenir un succès mondial. Nous verrons bien. Si cela devait être le cas, ce ne serait pas étonnant. Rangez votre mépris pour le futile. Derrière ce type d’application, ce qui se cache, c’est bien évidemment un immense besoin de décharge pulsionnelle : évacuer la tension accumulée par la surcharge informationnelle que nous subissons quotidiennement, ne serait-ce que par nos e-mails. Il faut dire que le concept est judicieux et repose sur une radicalisation extrême du concept de Twitter. Quand toute la planète twitte, 140 caractères, finalement, c’est énorme — et déjà trop. Un seul mot pour tout dire, quel génie. Sans compter les cascades de malentendus à venir, dont on rira. Rien de plus jouissif que ce qui ne sert à rien. Théophile Gauthier nous avait prévenus : "Rien de ce qui est beau n’est indispensable à la vie : tout ce qui est utile est laid". Soyons freudiens et remplaçons “beau” par “jouissif”. Tout s’éclaire. 

On nous dit que l’application YO s’apprête à devenir un succès mondial. Nous verrons bien. Si cela devait être le cas, ce ne serait pas étonnant. Rangez votre mépris pour le futile. Derrière ce type d’application, ce qui se cache, c’est bien évidemment un immense besoin de décharge pulsionnelle : évacuer la tension accumulée par la surcharge informationnelle que nous subissons quotidiennement, ne serait-ce que par nos e-mails. Il faut dire que le concept est judicieux et repose sur une radicalisation extrême du concept de Twitter. Quand toute la planète twitte, 140 caractères, finalement, c’est énorme — et déjà trop. Un seul mot pour tout dire, quel génie. Sans compter les cascades de malentendus à venir, dont on rira. Rien de plus jouissif que ce qui ne sert à rien. Théophile Gauthier nous avait prévenus : "Rien de ce qui est beau n’est indispensable à la vie : tout ce qui est utile est laid". Soyons freudiens et remplaçons “beau” par “jouissif”. Tout s’éclaire. 

25 6 / 2014

"Designing is an human approach for inquiry and action well suited for bringing change into the world. But it is not a profession or a discipline. A person is not a designer, but a person may use a designerly approach to fulfill their goals."

21 6 / 2014

"Often when I talk about what I do, making isn’t just this inevitable function tacked on at the end. The way we make our products is certainly equally as demanding and requires so much definition. I design and make. I can’t separate those two. […] Something happens between what we objectively see and what we perceive it to be. That’s the definition of a designer – trying to somehow articulate what contributes to the way we see the object. […] At any point in time, working on something, it’s always hard to just keep focusing on the product. One of the things different between us and some of our competitors is we just focus on the product, developing good products."

Jonathan Ive, The New York Times, 16 juin 2014.

13 6 / 2014

Quand j’étais professeur de philosophie en classes terminales, je choisissais chaque année la section II du Malaise dans la culture de Freud pour l’étude suivie d’une œuvre. De toute ma vie, je n’ai jamais rien lu d’aussi juste sur le bonheur. Ce passage est revenu à mon souvenir ces derniers jours. Je vous le cite, bien que rien ne vaut de lire l’intégralité de la section II : 

Ce qu’on appelle bonheur au sens le plus strict découle de la satisfaction plutôt subite de besoins fortement mis en stase et, d’après sa nature, n’est possible que comme phénomène épisodique. Toute persistance d’une situation désirée par le principe de plaisir ne donne qu’un sentiment d’aise assez tiède ; nos dispositifs sont tels que nous ne pouvons jouir intensément que de ce qui est contraste, et nous ne pouvons jouir que très peu de ce qui est état.

Quand j’étais professeur de philosophie en classes terminales, je choisissais chaque année la section II du Malaise dans la culture de Freud pour l’étude suivie d’une œuvre. De toute ma vie, je n’ai jamais rien lu d’aussi juste sur le bonheur. Ce passage est revenu à mon souvenir ces derniers jours. Je vous le cite, bien que rien ne vaut de lire l’intégralité de la section II : 

Ce qu’on appelle bonheur au sens le plus strict découle de la satisfaction plutôt subite de besoins fortement mis en stase et, d’après sa nature, n’est possible que comme phénomène épisodique. Toute persistance d’une situation désirée par le principe de plaisir ne donne qu’un sentiment d’aise assez tiède ; nos dispositifs sont tels que nous ne pouvons jouir intensément que de ce qui est contraste, et nous ne pouvons jouir que très peu de ce qui est état.

09 6 / 2014

Je fais de la phénoménologie (du moins, la mienne) car je considère que toute expérience du monde est fondamentalement indissociable du vécu qu’en a le sujet (Husserl, Freud). Être, c’est être perçu (Berkeley). Je considère que l’objectivité, au sens strict, n’a aucune existence absolue. Son existence est seulement relative, elle est celle d’une fiction méthodologique (réelle et utile), celle qui ordonne la science, au sein de laquelle il faut encore prendre en compte le sujet de cette dernière (Bachelard, Lacan) car l’objectivité en science est toujours factice, au sens noble de fabriquée (grâce à un protocole méthodologique très précis). C’est pourquoi je considère qu’on comprend toujours beaucoup mieux les choses (quelles qu’elles soient) quand on les envisage à partir des sujets plutôt qu’à partir des objets. Aussi, quand j’écris, j’emploie le “Je”. Car pour “moi”, l’objet de l’énonciation a autant de sens pour l’énoncé que le sujet de celle-ci. Et je n’essaie pas de me faire croire le contraire.

02 6 / 2014

La déconnexion n’est stupide que lorsqu’elle est totale et durable, comme dans l’expérience malheureuse de Paul Miller (dont j’avais déjà parlé ici), qui fait écho à la grande mode de la détox du Web, dans laquelle on peut être tenté de voir, en suivant Nathan Jurgenson (The Disconnectionists), une tendance hygiéniste à envisager la connexion comme une maladie.
Du reste, la déconnexion totale et durable est rare, sans compter qu’elle est désormais impossible. La déconnexion temporaire, en revanche, semble de plus en plus devenir une nécessité psychologique et sociale, comme le souligne une excellente étude récente sur les déconnectés volontaires. « Il s’agit, par exemple, de mettre son téléphone portable sur silencieux, de laisser son ordinateur portable au bureau, de prendre un café sans son téléphone, ou encore de décider de ne pas relever ses mails le temps d’un week-end. », explique-t-on. « Ce sont des petites déconnexions non spectaculaires, dont on ne parle pas dans les médias […]. Mais elles renvoient à la défense d’un temps à soi, à la préservation de ses propres rythmes dans un monde poussant à l’accélération ».
Moi, depuis peu, j’utilise le mode Avion de mon iPhone, pendant une demi-journée, par exemple, pour ne pas être déconcentré. Un soulagement.

La déconnexion n’est stupide que lorsqu’elle est totale et durable, comme dans l’expérience malheureuse de Paul Miller (dont j’avais déjà parlé ici), qui fait écho à la grande mode de la détox du Web, dans laquelle on peut être tenté de voir, en suivant Nathan Jurgenson (The Disconnectionists), une tendance hygiéniste à envisager la connexion comme une maladie.

Du reste, la déconnexion totale et durable est rare, sans compter qu’elle est désormais impossible. La déconnexion temporaire, en revanche, semble de plus en plus devenir une nécessité psychologique et sociale, comme le souligne une excellente étude récente sur les déconnectés volontaires. « Il s’agit, par exemple, de mettre son téléphone portable sur silencieux, de laisser son ordinateur portable au bureau, de prendre un café sans son téléphone, ou encore de décider de ne pas relever ses mails le temps d’un week-end. », explique-t-on. « Ce sont des petites déconnexions non spectaculaires, dont on ne parle pas dans les médias […]. Mais elles renvoient à la défense d’un temps à soi, à la préservation de ses propres rythmes dans un monde poussant à l’accélération ».

Moi, depuis peu, j’utilise le mode Avion de mon iPhone, pendant une demi-journée, par exemple, pour ne pas être déconcentré. Un soulagement.

29 5 / 2014

À peine remis du Gala de l’Université de Nîmes, où l’on a pu danser hier soir avec des hipsters nîmois, voilà que La Gazette de Nîmes publie ce matin une double page qui met le design à l’honneur. Avignon mise sur le théâtre, Arles mise sur la photo, Nîmes doit miser sur le design. C’est ce que nous défendons à l’Université de Nîmes grâce à Alain Findeli et Emmanuel Roux. La Gazette en parle. N° 782, du 29 mai au 4 juin, pages 22-23. 

À peine remis du Gala de l’Université de Nîmes, où l’on a pu danser hier soir avec des hipsters nîmois, voilà que La Gazette de Nîmes publie ce matin une double page qui met le design à l’honneur. Avignon mise sur le théâtre, Arles mise sur la photo, Nîmes doit miser sur le design. C’est ce que nous défendons à l’Université de Nîmes grâce à Alain Findeli et Emmanuel Roux. La Gazette en parle. N° 782, du 29 mai au 4 juin, pages 22-23. 

13 5 / 2014

Cela s’est passé en gare de Valence ville, ce matin. Terminus de mon train, correspondance pour Lyon Saint Exupéry. En descendant du wagon, j’oublie ma sacoche, celle qui contient mon MacBook Air, mon iPad, mon disque dur, et j’en passe. Je m’en rends compte hors de la gare, alors que je suis en train de prendre une photo de la ville, postée sur Facebook. Je cours en arrière jusqu’au train, toujours là, jusqu’à mon siège. Plus rien. Je cours à l’assistance voyageurs. Personne n’a rien rapporté. Sur mon iPhone, l’application “Localiser mon iPhone” me montre sur une carte mon iPad, qui s’éloigne du centre ville en temps réel. Je cours au commissariat, choisissant de rater mon avion et mon colloque pour privilégier la moindre chance de récupérer mon ordi, mes données, ma vie. Vingt mètres avant d’entrer dans le commissariat, je reçois un appel d’un mobile inconnu. Une jeune file prétend m’avoir déjà appelé plusieurs fois et me propose de me restituer intégralement la sacoche. Nous nous retrouvons à la gare. Dans la sacoche, tout est en vrac, mais tout y est. Même les bonbons. Mais le TGV pour l’aéroport de Lyon Saint Exupéry est déjà parti. Je monte alors dans un taxi qui, moyennant 200 EUR, m’y conduit en à peine 1h15, à une vitesse que je ne mentionnerai pas. L’embarquement vient de se terminer il y a 4 minutes. Je n’ai pas de bagage de soute, l’embarquement rouvre pour moi. Je décolle à l’heure. Je suis maintenant à Montréal. Je l’ai échappé belle. La leçon de l’histoire ? Je transfère tout dans le Cloud dès demain. C’est définitif. Plus rien en local. Même ce qui est sensible.

Cela s’est passé en gare de Valence ville, ce matin. Terminus de mon train, correspondance pour Lyon Saint Exupéry. En descendant du wagon, j’oublie ma sacoche, celle qui contient mon MacBook Air, mon iPad, mon disque dur, et j’en passe. Je m’en rends compte hors de la gare, alors que je suis en train de prendre une photo de la ville, postée sur Facebook. Je cours en arrière jusqu’au train, toujours là, jusqu’à mon siège. Plus rien. Je cours à l’assistance voyageurs. Personne n’a rien rapporté. Sur mon iPhone, l’application “Localiser mon iPhone” me montre sur une carte mon iPad, qui s’éloigne du centre ville en temps réel. Je cours au commissariat, choisissant de rater mon avion et mon colloque pour privilégier la moindre chance de récupérer mon ordi, mes données, ma vie. Vingt mètres avant d’entrer dans le commissariat, je reçois un appel d’un mobile inconnu. Une jeune file prétend m’avoir déjà appelé plusieurs fois et me propose de me restituer intégralement la sacoche. Nous nous retrouvons à la gare. Dans la sacoche, tout est en vrac, mais tout y est. Même les bonbons. Mais le TGV pour l’aéroport de Lyon Saint Exupéry est déjà parti. Je monte alors dans un taxi qui, moyennant 200 EUR, m’y conduit en à peine 1h15, à une vitesse que je ne mentionnerai pas. L’embarquement vient de se terminer il y a 4 minutes. Je n’ai pas de bagage de soute, l’embarquement rouvre pour moi. Je décolle à l’heure. Je suis maintenant à Montréal. Je l’ai échappé belle. La leçon de l’histoire ? Je transfère tout dans le Cloud dès demain. C’est définitif. Plus rien en local. Même ce qui est sensible.